Chargement de la vidéo...

Licence


Distributed under a Creative Commons Paternité - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification 4.0 International License

Partager

Lien
Intégrer la vidéo

Métriques

Consultations de
la notice

347

Téléchargements du document

34

Objets dans la migration, objets en exil : statuts, usages, devenirs / Panel #3

2017-05-05

Description : A propos des objets, Jean Baudrillard écrit qu’ils constituent des «‘mots de passe’ par excellence» (2004). A la fois communs, participant de la société de consommation, et uniques en ce qu’ils incarnent une expérience du sujet, des tactiques spécifiques d’usage dans les espaces du passage et de l’encampement, les objets sont des acteurs des liens sociaux, articulant récits et discours, participant des habitus et des recompositions en situation de migration, d’exil et de transmission. Paradoxalement, alors qu’ils assignent une identité à l’exilé/au migrant dans les médias et l’espace public et constituent, in fine, la seule trace matérielle d’un déplacement spatial et culturel subsistant bien au-delà de l’expérience du sujet dans des sphères diversifiées (du foyer au musée), les objets dans la migration et l’exil restent encore trop peu abordés. Or, si la culture matérielle de la migration contribue à la construction de la figure de l’exilé et du migrant, le déplacement migratoire affecte aussi bien les usages sociaux de la culture matérielle que les modalités d’emboîtement des affects autour de l’objet usuel ou trouvé, transitionnel ou hérité. Objets-sujets dans le sens où ils se tiennent parfois à la place des individus, et peuvent se substituer à eux pour témoigner d’une situation, ils sont des objets de l’histoire qui peuvent devenir également des objets-mémoires, souvent des reliques soumises à des temporalités et des statuts particuliers, parfois des ancrages qui permettent autant de réagencements créatifs et de réinscriptions dans l’ailleurs. Dans la poursuite d’une première rencontre qui s’est tenue le 21 novembre 2016 à l’Inalco sur la construction de la figure de l’exilé à travers les objets dans l’espace narratif, cette journée d’étude voudrait élargir le champ d’analyse en croisant statuts et devenirs des objets de la migration et de l’exil dans une perspective interdisciplinaire. /// Olivier Douville (U. de Nanterre) – "De l’objet rituel à l’objet exilique trouvé-créé" : Je parlerai ici des objets qu’inventent ou présentent certains patients en exil qui ne font pas que les inscrire dans une identité culturelle dite d’ »origine » mais sont des bricolages qui signent un parcours entre l’ailleurs et ici. Ces objets sont au croisement de plusieurs dynamiques de ruptures et de lien. Ils surgissent comme la signature de nouvelles subjectivations de la personne mais de l’Autre aussi. Je ferai le parallèle avec les rapports aux objets dans les processus de deuil tel que j’ai pu les observer en Afrique chez des adolescents en reconstruction après une dé-socialisation violente. /// Marie-Caroline Saglio Yatzimirsky (Inalco): "Papiers perdus, sacs troués : objets-symptômes des demandeurs d’asile" : Cette communication présente moins un objet qu’une expérience d’objet, moins un objet dans sa matérialité qu’un objet en creux. Cet objet est omniprésent dans le parcours, le discours et les représentations des demandeurs d’asile reçus en consultation dans la consultation de psychotrauma de l’hôpital Avicenne: il s’agit des papiers administratifs (récépissé, carte de séjour, passeport, etc.), dont l’obtention doit leur permettre, disent-ils, de sortir de la quête angoissante de l’asile et de leur donner la légitimité de demeurer. Ces papiers et le dossier administratif fait d’attestations et de certificats ne cessent pourtant d’être perdus, oubliés, cherchés, trop, « symptomatiquement » peut-être. Présentés comme la clé de leur délivrance, les papiers sont paradoxalement transportés dans des sacs troués. Au-delà de la précarité et de l’errance, au-delà du trauma et de ses symptômes, n’y a-t-il pas autre chose dans ces pertes et oublis ? Acte manqué ? Révolte du sujet refusant de voir leur identité réduite à un papier et rappelant que la violence de l’exil ne se limite pas à une histoire de formulaire ? /// Elise Billiard & Virginia Monteforte (RIMA, Malte) : "Disques de musique classique et haut-parleurs : Le refus du statut de migrant par un libanais installé à Malte" : Nous voudrions ici concentrer notre regard sur A. qui a la particularité de ne pas se considérer comme un migrant comme les autres, même s’il a quitté le Liban pendant les années ‘80 et déménagé plusieurs fois. A. décrit ses objets comme « trop occidentaux », qu’ils soient ceux qu’il a pu amener avec lui ou ceux qu’il a dû laisser derrière lui. Ces objets sont comme des reproches pour A., car ils sont la manifestation « de son statut privilégié » et du contexte sécurisé dans lequel il vit ; un privilège qui le gêne et qui en même temps lui permet de se distancier des autres migrants. Les mots de A. nous permettent tout d’abord de réfléchir à une autre articulation des histoires d’exil. Une articulation dans laquelle l’identification ou le rejet de la catégorie “migrant” ou “exilé” par le sujet est effectuée par le sujet lui-même et non pas par la société qui l’entoure. Ainsi A. juge ses déménagements comme anodins, de même il considère ses objets comme “communs” à tout le monde et par conséquent incapables de porter son identité d’exilé.


https://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-01570460
Contributeur : Dimitri Galitzine <>
Soumis le : dimanche 30 juillet 2017 - 10:32:56
Dernière modification le : mercredi 2 août 2017 - 01:06:29