Sentio, ergo sum: Corps, perception de soi et identité dans la culture russe

Résumé : L’histoire du corps est une thématique qui se fonde en Occident sur les travaux du philosophe Michel Foucault (Surveiller et punir, 1975), Georges Vigarello étant quant à lui un pionnier dans l’approche du corps comme objet historique, par son exploration systémique des différentes sphères d’investigation dans l’histoire des représentations et des pratiques du corps (Le Propre et le Sale : L'hygiène du corps depuis le Moyen Âge, 1987 ; Le sentiment de soi. Histoire et perception du corps, 2014). Dans le domaine russe en revanche, l’histoire du corps comme objet d’études est un phénomène plus tardif et plus mal connu : comme le font remarquer Galina Kabakova et Francis Comte dans Telo v russkoj kul’ture (2005), si l’« âme russe » ou l’« esprit russe » sont des concepts largement galvaudés depuis l’époque romantique et qui reviennent régulièrement dans les discours sur la Russie, il n’en va pas de même pour « le corps russe », longtemps resté une terra incognita relativement peu explorée par les chercheurs russes ou occidentaux. Ce n’est que depuis deux décennies que les études et les approches sur le corps dans la culture russe se sont développées dans les sciences humaines et sociales, en parallèle avec les études de genre ou l’analyse des discours sur la sexualité (Igor Kon (1994), Jane T. Costlow, Stephanie Sandler & Judith Vowles (1993), Rosalind Marsh (1996), Aleksei Lalo (2011)…). Le volume réunit des contributions qui explorent la façon dont s’est exprimé le corps en tant que vecteur de l’identité et facteur d’individuation dans les champs de la culture savante et populaire en Russie et en Union Soviétique (littérature écrite et orale, arts plastiques, arts visuels…) : le corps comme un système de signes particulier, le langage du corps et sa transposition dans d’autres langages, le corps comme objet du contrôle social et politique, le corps sexué et asexué, le corps érotisé vs le corps nié ou absent (l’interdit de représentation du corps sexualisé), le corps sacré et réceptacle du divin vs le corps moderne (indépendant du sacré), le corps-sujet vs le corps-objet, le corps incarné vs le corps abstrait, le corps malade, le corps déconstruit, le corps réifié … Si l’on en croit la célèbre formule de Paul Valéry, « ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau. En tant qu'il se connaît » (L’Idée fixe, 1931). Condition de visibilité et de présence de l’homme dans le monde, le corps permet également l’advenue de « soi », de l’identité individuelle. Les représentations du « corps russe » sont mises en relation avec plusieurs facteurs qui les déterminent, comme l’évolution des connaissances scientifiques, les croyances et les idéologies dominantes (orthodoxie, slavophilisme, positivisme, marxisme…) et les interdits qui les caractérisent, les milieux socioculturels considérés (milieux populaires, intelligentsia, institutions…). Existe-t-il pour chaque époque de la culture russe un modèle de représentation du corps, comme Georges Vigarello a pu en déterminer pour la culture occidentale ? Et si oui, comment ces modèles évoluent-ils et s’inscrivent-ils dans le champ culturel et politique ?
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Contributeur : Catherine Géry <>
Soumis le : mercredi 26 juin 2019 - 19:16:21
Dernière modification le : vendredi 5 juillet 2019 - 01:34:13

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  • HAL Id : hal-02166455, version 1

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Citation

Catherine Géry, Hélène Mélat. Sentio, ergo sum: Corps, perception de soi et identité dans la culture russe. Sentio, ergo sum : corps, perception de soi et identité dans la culture russe, 2019. ⟨hal-02166455⟩

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