Le judéo-espagnol, djudyó, djidyó, ladino…

Résumé : Le nom de la langue pose un problème : l'appellation « judéo-espagnol » est une dénomination externe, ses locuteurs l'appelant couramment djudyó ou djidyó, c'est à dire 'juif' (comme le yiddish) ou encore djudezmo. A la fin du XIX e siècle avec la mise en avant du lien à l'Espagne on voit apparaître le terme espanyol ou espanyol muestro 'notre espagnol'. Les Ottomans l'appellent musevice ou yahudice 'langue des Juifs'. A l'heure actuelle le terme ladino, autre dénomination externe, semble s'imposer (notamment dans le domaine anglo-saxon), alors que ce terme désigne le calque des textes bibliques, ce qui entraîne une certaine confusion terminologique. Nous garderons ici djudyó. Le djudyó est la langue que les Juifs expulsés d'Espagne en 1492 et réfugiés dans l'Empire ottoman ont continué de parler jusqu'à nos jours. Dans les grandes lignes, sa base est le système linguistique de l'espagnol médiéval avec des particularités phonologiques, lexicales et sémantiques propres aux Juifs et des tournures syntaxiques hébraïques provenant des traductions-calques de la Bible, rédigées dans une langue artificielle à fonction pédagogique puis liturgique, dénommée ladino. On considère que le judéo-espagnol se distingue véritablement de son modèle espagnol à partir de 1620. Il intègre des lusismes à la faveur des contacts incessants avec les conversos émigrés de la Péninsule qui affluent jusqu'à la fin du XVII e siècle dans les villes d'Europe du nord et de l'Empire ottoman, dont la Palestine fait partie. Les grandes villes de l'Empire sont fortement plurilingues. A Constantinople et Smyrne le grec, langue véhiculaire et langue des communautés juives romaniotes, fait partie des compétences linguistiques des locuteurs de judéo-espagnol jusqu'au début du XX e siècle. Le turc, langue véhiculaire et langue de l'Empire prête du lexique, quelques formants et, à partir de la systématisation de son enseignement (après 1923), son influence syntaxique ira grandissant. L'enseignement massif du français après 1864 contribue à la gallicisation du judéo-espagnol. Le français intègre alors le code multilingue des Juifs l'Empire ottoman. On note à Salonique l'influence lexicale de l'italien. On enregistre à l'écrit (notamment dans la presse) une influence de l'espagnol à la fin du XIX e siècle et une tentative coordonnée pour réhispaniser le judéo-espagnol considéré, à l'aune du français, comme une langue « mélangée », « impure », un « jargon » dégénéré. Ceci aura peu d'influence sur le djudyó à l'oral.
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Contributeur : Marie-Christine Bornes-Varol <>
Soumis le : samedi 25 mai 2019 - 17:13:35
Dernière modification le : jeudi 30 mai 2019 - 01:25:24

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Marie-Christine Bornes-Varol, Mavrogiannis Panteleimon. Le judéo-espagnol, djudyó, djidyó, ladino…. Georg Kremnitz. Histoire Sociale des Langues de France, ⟨Presses de l'université de Rennes⟩, pp.559-566, 2013, 978-2-7535-2723-2. ⟨hal-02139779⟩

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