La crise environnementale en Chine : Evolutions et limites des politiques publiques

Résumé : Tous les clignotants sont au rouge en matière d’environnement en Chine : pollution de l’air, de l’eau et des sols, érosion des sols, désertification, pluies acides, gestion des déchets, émissions des gaz à effet de serre (GES). L’ensemble des ouvrages, rapports et analyses des organisations internationales et chinoises sont unanimes pour souligner la sévérité des problèmes de pollution en Chine. Même les autorités chinoises qui très souvent cherchent à masquer les zones d’ombres de la réussite économique du pays, reconnaissent désormais que le pays traverse une crise environnementale majeure. Les signes inquiétants des conséquences humaines et économiques de cette crise environnementale se multiplient chaque jour sans que l’on puisse encore en mesurer précisément toute l’ampleur. Les études les plus abouties et les plus sérieuses (Banque Mondiale et le Ministère de l’Environnement de Chine) font état d’un coût annuel de la pollution qui se situerait, selon les calculs et les estimations, entre 5,8% et 8% du PIB annuel du pays. Par ailleurs, malgré le fait que la population chinoise soit la principale victime des dégradations de l’écosystème, l’évolution de la situation environnementale en Chine n’est pas une question uniquement nationale. Les deux Corée, le Japon, Taiwan, sont touchés par la pollution de l’air provenant de Chine. La Région spéciale autonome de Hong Kong, rétrocédée par les britanniques à la Chine en juillet 1997, voit ses niveaux de pollution de l’air se dégrader de manière alarmante depuis deux décennies. La pollution de l’air en Chine affecte désormais régulièrement l’Amérique du Nord, notamment au moment du printemps lorsque les tempêtes de sable sont les plus intenses dans le nord ouest de la Chine en raison d’une érosion des sols et d’une désertification qui s’est accélérée depuis le début des années 1980. La Chine est également devenue le premier pays émetteur de gaz à effet de serre (GES), devançant les États-Unis en 2007. Elle devrait également, selon les projections de l’agence internationale de l’énergie, être à l’origine de près des trois quarts de l’augmentation des GES dans le monde d’ici à 2030. L’ampleur des dégradations de l’écosystème en Chine est donc, s’il était encore besoin de le rappeler, un problème d’ordre planétaire, aux conséquences importantes pour l’avenir environnemental de la planète. Le rythme de progression de la classe moyenne chinoise, l’évolution de ses modes de consommation, son attitude politique par rapport à la dégradation de l’environnement sont des données capitales dans l’évolution future du réchauffement de la planète. Le gouvernement a pris acte tardivement de cette dégradation. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’une législation sérieuse et ambitieuse est mise en place pour promouvoir une croissance plus saine et durable. Au niveau politique, il a fallu attendre les nombreux épisodes « d’airpocalypse » dans la capitale chinoise durant l’hiver 2013, pour que le gouvernement se décide enfin à renforcer et à appliquer plus sérieusement la législation environnementale qui était très largement ignorée par les producteurs. Une course contre la montre est donc bien engagée entre des politiques publiques ambitieuses sur le plan environnemental et la poursuite de la dégradation de l’écosystème en Chine. Bien qu’il soit encore trop tôt pour juger des récentes politiques publiques aidées par une nouvelle volonté politique, les nombreux défis que pose cette crise environnementale sont encore loin d’être relevés. Malgré des efforts réels sur le plan de l’action publique et des avancées considérables dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine est loin d’entrevoir le bout du tunnel. En effet, les raisons structurelles qui l’ont menée à cette crise environnementale sans précédent dans l’histoire économique mondiale sont loin d’être neutralisées par les politiques publiques. Parmi ces raisons, la démographie, l’urbanisation ou la dépendance énergétique à l’égard du charbon, n’évolueront pas favorablement avant des décennies. D’autres facteurs structurels, comme les différents aspects du mode de croissance de l’économie, ou bien le caractère autoritaire du régime politique, évoluent progressivement, mais encore trop lentement pour qu’ils puissent provoquer une amélioration rapide de la situation environnementale. La Chine devrait continuer dans les années à venir à vivre une situation paradoxale : elle est à la fois le plus grand laboratoire et investisseur mondial dans les énergies vertes, mais aussi le plus important consommateur de charbon au monde. Bref, même si la Chine est en train d’atteindre un point d’inflexion dans son mode de croissance économique (moins de croissance et d’industrie lourde et plus de services) et énergétique (pic de consommation de charbon), il faudra encore attendre de longues années avant de voir naître une croissance soutenable à long terme sur le plan environnemental.
Type de document :
Ouvrage (y compris édition critique et traduction)
Presses de SciencesPo. Presses de SciencesPo, pp.160, 2016, 978-2-7246-1950-8
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Contributeur : Jean-François Huchet <>
Soumis le : vendredi 23 décembre 2016 - 12:25:18
Dernière modification le : samedi 24 décembre 2016 - 01:04:19

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Jean-François Huchet. La crise environnementale en Chine : Evolutions et limites des politiques publiques. Presses de SciencesPo. Presses de SciencesPo, pp.160, 2016, 978-2-7246-1950-8. 〈hal-01421968〉

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